Un style inimitable est une comédie noire inspirée de l’histoire vraie de Philip Yordan, un scénariste américain qui, dans les années 50, va profiter du Maccarthysme pour faire fortune en signant de son nom les scénarios écrits par ses collègues blacklistés. Il gagnera un Oscar.
Le contexte

À partir de 1947, nombre de scénaristes vont être renvoyés pour des liens présumés avec le parti communiste. Ce « nettoyage » des studios, baignant dans un climat de délation et de paranoïa, brisa la carrière de plus de trois cent personnes. Une Liste noire, officieuse, fut créée, recensant toutes les personnalités « blacklistés », se retrouvant de fait écartés de tout emploi à Hollywood (mais aussi à la Radio, à Broadway, dans l’école publique, dans les universités…)
Philip Yordan, apolitique, fit écrire nombre de ses scénarios par des connaissances blacklistés, qu’il sous-payait, avant de revendre les scénarios à prix d’or.
Il devint millionnaire, gagna un Oscar, et fut reconnu à l’époque (par François Truffaut notamment) comme l’un des scénaristes les plus talentueux d’Hollywood.
Bien plus tard, Bertrand Tavernier et quelques spécialistes ont mis à jour sa supercherie et ont retrouvé quelques véritables auteurs des scénarios.

La pièce
Un style inimitable prend le point de vue cette histoire comme d’une fable grotesque.
Je prends le parti d’en rire. Car cette histoire est édifiante. Voici un crétin, incapable de créer, qui se découvre une passion : celle de voler les œuvres de ses amis pour les vendre. Par là-même il devient le capitaliste parfait. Pire encore, il se drape dans le costume du redresseur de tort, le bon samaritain qui va aider ses amis face aux injustices. Face à lui deux figures, (tirée également de personnes réelles) se dressent face à lui. D’abord Ben Maddow, qui écrira six à sept scénarios pour Philip Yordan, et qui se sent disparaître peu à peu. Il sent que son être s’efface, sa créativité lui est volé irrémédiablement, tandis qu’il rejoint progressivement le néant.
Puis, il y la secrétaire de Philip Yordan, dont on ne connaît que sous son diminutif : Clem’. Elle aurait écrit pour Yordan pendant plus de quinze ans. Face à cette effacement quasi-total j’ai choisi de créer un personnage qui s’investi totalement dans le processus de vol de création et va prendre en main elle-même la gestion de l’écriture des scénaristes, et de la boite.

