L’opium réside dans le pixel

PRÉSENTATION

Dans un monde où les nouvelles technologies prennent le contrôle de nombreux aspects de nos vies, certains se tournent vers des imaginaires virtuels pour trouver une liberté et une force que leur refuse le monde réel.

Comment ces personnes parviennent-elles à utiliser l’univers du jeu vidéo comme un refuge pour éviter d’affronter la réalité du monde contemporain ?

Dans ce seul en scène, Baptiste Dezerces incarne alternativement trois personnages masculins se réfugiant dans les jeux vidéo pour fuir la réalité. Ces trois joueurs sont liés dans une quête absolue d’amour et de reconnaissance jusqu’à ce qu’une confusion s’opère entre leurs propres vies et les personnages qu’ils incarnent ou rencontrent dans leurs jeux.

Si ces univers sont si attractifs, c’est qu’ils proposent des expériences enrichissantes, cohérentes et de plus en plus immersives.

Dans ces conditions, à quel moment l’expérience de l’imaginaire devient-elle préférable a l’expérience réelle, que se passe-t-il quand la fiction interfère avec notre propre existence ?

EXTRAIT DU TEXTE

La lumière revient doucement sur un troisième joueur.

JOUEUR 3, un peu gêné. —

Oui je suis une femme dans le jeu, et alors ?

Par contre je refuse de jouer une femme qui couche avec les hommes que je côtoie, ce sont mes soldats merde, mes hommes.
Ils sacrifient leurs vies pour moi sans problème, toujours. Quand j’avance ils vont à droite, quand je saute ils regardent en bas.

Je ne peux pas avoir une relation sexuelle avec mes soldats, j’ai beau être une femme moderne, dans le jeu je veux dire dans le jeu, non pas que je ne sois pas moderne dans

la vie, un homme moderne, je suis ouvert je suis ouvert !

Mais la modernité c’est aussi accepter le lesbianisme ! Non pas que tous mes soldats soient des hommes bien au contraire mais de là à coucher avec un extraterrestre pour prouver ma modernité… Pourquoi pas finalement, mais seulement si c’est une femme, je ne sais pas, je ne m’imagine pas dans la peau d’une femme hétérosexuelle, je dois avoir peur de la pénétration, fictive, bien sûr, tout cela est fictif !

C’est tellement plus simple quand j’allume une nana tout est tellement classe je leur montre mon arme et elles se pâment devant moi, j’espère me faire la petite assistante de mon centre de commandement.

Avec mes soldats, hommes, femmes, extra ou intra-terrestres, quelles que soient leurs couleurs, il faut savoir rester professionnel.